19/07/2010

Kurdistan, la seconde Palestine du Moyen-Orient ?

 

En pleine crise de la flottille, après l'assaut sanglant mené par les troupes israéliennes contre un navire turc qui tentait de briser le blocus imposé aux Palestiniens de Gaza, la question kurde a refait surface, comme réveillée par l'onde de choc régionale. L'armée turque, frappée par une attaque du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui a tué 11 soldats, le 19 juin, a riposté en déclenchant des opérations aériennes et terrestres dans le sud-est de la Turquie et dans le nord de l'Irak, où sont retranchés environ 2 000 membres de la guérilla kurde, fondée par Abdullah Öcalan.

Au moment où Ankara mobilisait ses forces contre "l'organisation terroriste", selon la périphrase officielle, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan qualifiait le Hamas de"mouvement de résistance populaire" à l'oppresseur. Un parti pris que ses adversaires ne manquent pas de relever. Déjà en 2006, lorsque la Turquie avait accueilli une délégation du Hamas à Ankara, Israël s'était offusqué : "Que diriez-vous si nous recevions Öcalan à Tel-Aviv ?" PKK et Hamas figurent sur la liste noire des groupes terroristes et constituent des enjeux sécuritaires nationaux primordiaux pour les deux pays.

La comparaison entre Kurdes et Palestiniens, deux peuples sans Etat, n'est pas nouvelle. Les keffiehs, les enfants lanceurs de pierres affrontant des véhicules militaires blindés, la guerre de propagande, la peur du renversement démographique – Kurdes et Palestiniens ayant des taux de natalité beaucoup plus élevés… Les points communs sont nombreux.

Si les deux situations diffèrent, elles soulèvent aussi la question du droit à l'autodétermination des peuples, consacré par l'article Ier de la charte des Nations unies – qui affirme "le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes" -, et impliquent les deux principales puissances régionales, alliées des Etats-Unis : la Turquie et Israël.

Installée dans le paysage géopolitique, la question kurde est "l'autre front du Moyen-Orient", selon le politologue Hamit Bozarslan, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Comme celui des Palestiniens, le sort des 32 millions de Kurdes – écartelés entre quatre pays, Turquie, Iran, Irak et Syrie – menace la stabilité de la région et rejaillit en cascade sur les voisins.

Après avoir été chassés du Liban et de Syrie dans les années 1990, les chefs militaires du PKK s'abritent dans les montagnes du nord de l'Irak, avec ceux du PJAK, la branche iranienne de la guérilla. La Turquie et l'Iran mènent des actions concertées, par-delà leur frontière, contre les rebelles : bombardements et incursions au Kurdistan irakien.

Les Etats-Unis et Israël assistent l'armée turque dans ces opérations. Mais le gouvernement turc rejette toute comparaison entre les questions kurde et palestinienne. "La Turquie a une approche plus large de la lutte contre le terrorisme et prend en compte les aspects économiques, culturels et sociaux", estime Ihsan Bal, analyste à l'organisation de recherche stratégique internationale (USAK), proche du pouvoir. M. Erdogan compare volontiers le PKK au "terrorisme d'Etat"d'Israël. La Turquie laisse planer l'idée que l'Etat hébreu se livre à des activités secrètes dans la partie kurde de l'Irak et arme le PKK en sous-main.

La presse d'Istanbul a rendu Israël coupable d'avoir poussé les récentes attaques, en représailles à l'envoi de la flottille propalestinienne. Une "campagne de désinformation", selon le commandement du PKK, pour qui "la Turquie tente ainsi de se rallier les opinions des pays arabes". Les puissances occidentales sont également accusées par la rue de soutenir la guérilla pour affaiblir l'Iran.

L'appui au PJAK, et donc au PKK, pour mieux lutter contre le régime des mollahs ? L'idée fait son chemin dans certains cercles de réflexion anglo-saxons, des voix s'élevant même pour que le groupe iranien soit rayé de la liste des mouvements terroristes.

Comme la question palestinienne, la question kurde s'est installée dans le temps. En Turquie, où ils pèsent 20 % de la population, l'assimilation des Kurdes a rencontré de fortes résistances. Aucune solution, autre que militaire, n'a jamais été réellement mise en oeuvre pour sortir de l'impasse : la guérilla du PKK sévit depuis 1984 et la lutte antiterroriste a déjà coûté 250 milliards d'euros et 42 000 vies humaines, 4 000 villages brûlés, des millions de déplacés et une obsession sécuritaire qui maintient la société turque dans un état de "terreur". Et le PKK n'est que le vingt-neuvième mouvement d'insurrection lancé contre la Turquie en moins d'un siècle…

De même en Syrie et en Iran, des émeutes kurdes éclatent régulièrement, suivies de vagues d'arrestations de militants et d'intellectuels. Les nationalismes kurdes et ceux des populations majoritaires se renforcent mutuellement. En Irak, la révolution lancée par la famille Barzani, puissante tribu du nord, dès les années 1930, a joué un rôle essentiel dans le processus d'émancipation des Kurdes.

Mustafa Barzani fonda même, en 1946, une éphémère République autonome, à Mahabad, dans l'ouest de l'Iran. Après plusieurs décennies de répression du régime baasiste, les Kurdes jouissent aujourd'hui d'une large autonomie et constituent, grâce à l'appui des Etats-Unis, un embryon d'Etat avec son drapeau, son parlement et son président. Un début de solution ?  (Guillaume Perrier, Lemonde.fr., 14 juillet 2010)

http://www.info-turk.be/383.html#Strasbourg

14:52 Publié dans Politique | Tags : paix | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

Commentaires

Que je sache, les kurdes n'ont jamais reçu plus de 700 milliards de $ d'aide "humanitaire en 60 ans ?

Écrit par : Corto | 19/07/2010

Démir, vous ne savez pas de quoi vous parlez, les collaborations entre Tsahal et l'armée turque concernent les combats en vol et la maitrise de contrôle radar, et c'est plutôt bon pour les kurdes !

Aussi si le gouvernement turque prend ses distances avec Israël, c'est justement pour l'aide militaire de Tsahal aux kurdes !

Ensuite si les généraux turques refusent de plus en plus de s'en prendre aux kurdes c'est aussi grâce aux pressions et conseils prodigués par Tsahal !

De toute façon le peuple kurde n'a pas le choix, soit Israël, soit l'Iran, la Syrie, la Turquie, aux kurdes de choisir !

Cet article omet de parler des 150'000 kurdes vivant en Israël et totalement assimilés et citoyens exemplaire !

Aussi est-ce que le PKK a tiré 12'000 missiles courte portée sur la Turquie ?

Concernant l'existence d'un état palestinien, en 47 et 48, que c'est-il passé, est-ce à cause du jeune état Juif que la Palestine ne s'est jamais auto-promulguée indépendante ?

Gaza avant 67 était égyptien que je sache, ce n'est pas parce que Sadate ait refuser de la réitérée au sein de l'Egypte en 78 qu'Israël doit se sentir fautif de ce rejet de l'Egypte vis-à-vis de sa propre population !

Écrit par : Corto | 19/07/2010

Quand aux 250'000 milliards de la Turquie pour financer la répression anti-kurde, laissez moi douter, il devrait plutôt s'agir de millions !

Écrit par : Corto | 19/07/2010

Qu'est-ce que c'est, un pays ? C'est un territoire peuplé d'êtres humains, dotés de frontières plus ou moins définies et affligé d'un Ministère des Affaires Etrangères.
Qu'est ce que c'est, une nation? C'est le rassemblement de gens avec un même passé, la même histoire, les mêmes traditions, les mêmes idéaux et peut-être même la même langue.
Un pays n'est pas forcément une nation: exemple: la Belgique. Une nation n'a pas forcément besoin d'un territoire. Comme exemple les membres de Neturei Karta, Juifs orthodoxes fervents, qui dénient à Israel le droit d'exister.
Concrètement, dans le cas des Kurdes: L'Empire Ottoman s'est étendu une fois jusqu'en Egypte et jusqu'à Budapest, englobant un nombre considérable de peuples, s'est désagrégé et a laissé le problème kurde non résolu. La nation kurde est en ce moment écartelée entre quatre pays, qui s'efforcent d'être des nations, à savoir la Turquie, l'Iran, la Syrie et l'Irak.
Les E.U.s ainsi qu'Israel n'en ont rigoureusement rien à cirer d'une nation kurde, la seule chose qui les intéresse est que dans la Kurdistan irakien il y a des masses de pétrole. C'est tout, rien d'autre. Les Amis sont accros du pétrole tout comme l'alcoolo est accro de la bouteille.
Le problème reste donc entier. Comme je le vois, il existe deux solutions:
1.- les Kurde de Turquie, de Syrei, d'Irak et d'Iran font sécession, prennent possession des territoites qu'ils occupent et fondent un pays.
2.- Les Gouvernements turcs,syriens, irakiens et perses recaonnaissent la nation kurde, leur reconnaissent le droit de parler leur langue, de cultiver leurs traditions, d'être représentés en tant que tels dans leurs Gouvernements respectifs. Cela présume un degré de civilisation et d'intelligence politique quasi surhumain.

Écrit par : J.C. Simonin | 19/07/2010

Ce n'est pas exactement tel que vous décrivez, les 4 pays en questions, même si ils ne peuvent pas se voire en peinture se sont mis d'accord sur un seul point ; ne pas laisser les kurdes fonder un état, loupé, c'est fait !
Alors ils se regroupent comme des morbaks et tentent d'effrayer les kurdes, mais comme il y a d'autres puissances derrière, ils vont tous faire dans leurs frocs et aller se faire mettre chez les grecs si ils le sentent !
A part ça, pour les novices il y a aussi du pétrole dans le kurdistan iranien ! Beaucoup de pétrole dans le kurdistan iranien, bien assez pour leur faire péter un gros câble ! ! !

Écrit par : Corto | 20/07/2010

Les kurdes, les druzes tous des empêcheurs de tourner en rond qui doivent obligatoirement être remis au pas selon les tarés qui gouvernent au Proche Orient toutes races et religions confondues.

Alors de grâce n'importons pas en Suisse des conflits qui ne nous concernent nullement mais SOUTENONS NOS PAYSANS QUI LUTTENT POUR LEUR SURVIE.

Écrit par : Hypolithe | 20/07/2010

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