06/04/2011

Une femme, une histoire : Madame Yasemin CAKIR

 

Portrait de Madame Yasemin CAKIR

Cérémonie pleine d’émotion vendredi 1er avril à l’université de Genève à l’occasion de la remise des prix de « Femme engagée, femme exilée ». Un auditoire en majorité féminin a plébiscité les lauréates au nombre de neuf si on leur rajoute le prix d’honneur à Madame Ruth Dreifuss et celui attribué à Madame Simone CHAPUIS-BISCHOP.  Aujourd’hui, j’entame une série de portraits consacrée aux neuf femmes de valeur qui ont reçu les honneurs de la Ville de Genève vendredi dernier. Première femme mise sous les feux de la rampe, Madame Yasemin CAKIR

Le destin de ces femmes courageuses ne laisse personne indifférent. Suivez le guid
e.

Prochain portrait : Madame Florenta FERATI
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Portrait de Madame Yasemin CAKIR


« Yasemin donne du courage aux jeunes de sa communauté. Y compris aux hommes. Tous pensent que si elle y arrive, eux aussi le peuvent».

Voici ce que m’a dit Nicole Andreetta,  la personne qui a vu dans Yasemin Çakir une candidate idéale pour le prix femme exilée femmes engagée.
Et la première fois que j’ai parlé à Yasemin, qu’elle m’a raconté sa vie, son parcours, j’ai compris pourquoi.

Face à chaque épreuve que la vie lui a réservée, Yasemin a choisi de se battre pour ce qu’elle estimait être juste pour elle. Jamais elle n’a baissé les bras. Et souvent, elle a convaincu son entourage de la justesse de ses revendications.

Cela a commencé toute petite. Lorsque son père, imam, a choisi d’envoyer son frère à l’école et de la laisser à la maison. Elle finissait sa 6ème primaire. Ses neuf sœurs aînées s’étaient soumises à cette règle. Pas elle. Elle est entrée en résistance contre son père. Contre ce qu’elle considérait comme une injustice. Elle s’est inscrite en cachette à l’écoIe a passé ses examens de fin de scolarité obligatoire et a poursuivi vers un CFC. Elle avait le soutien d’un de ses grands frères et a finalement rallié son père à sa cause. « Il m’a ensuite beaucoup soutenue », raconte Yasemin.

Cette inégalité hommes-femmes, très présente dans la société patriarcale kurde, Yasemin l’a toujours ressentie comme une anormalité. Et combattue comme telle.

Lorsqu’elle a été confrontée aux stigmates de la violence conjugale  chez la mère de sa copine, elle lui a demandé pourquoi n’avoir pas rendu ses coups à son mari. Le foulard, elle a décidé  à 9 ans qu’elle ne le porterait pas, quand elle s’est rendue compte que les hommes n’avaient pas de telles obligations.

Puis c’est d’une autre discrimination dont elle prend conscience. A l’école, sa langue maternelle est interdite, son pays est interdit. Elle l’avait toujours su. Mais l’adolescence aidant, elle commence à protester au sein de son école contre cette interdiction. Elle est tout naturellement séduite par les thèses du PKK, également en ce qui concerne la place des femmes dans la société. A 17 ans, dénoncée par une camarade, elle est arrêtée par la police, en même temps que son frère, plus âgé et son beau-frère. Ils prennent 3 ans, elle 15 jours parce qu’elle est mineure. Elle est torturée. Quand je lui demande si elle n’a pas eu peur, pas choisi de mener une vie plus discrète, loin de la politique, elle me répond :« Cela m’a incitée à davantage revendiquer nos droits. » A 18 ans elle passe un mois derrière les barreaux. Puis un an. A chaque fois elle est torturée.

Elle en ressort en mauvais état. Mais elle rencontre alors, dans la salle d’attente d’un tribunal, celui qui deviendra son mari. Lui aussi est membre du PKK. Ils craignent tous deux de lourdes peines de prison. Ils décident alors de se marier – pour rassurer leurs familles-, de quitter leur pays pour rejoindre le Kurdistan irakien.  

Là-bas, ils vivent chacun de leur côté, suivant les règles internes du parti. Elle travaillera dans des centres pour réfugiés kurdes. Puis en 2005, c’est un nouvel exil. Son mari doit être opéré du coeur en urgence. Il ne peut être soigné en Irak, en guerre. Ce sera l’Europe. Leurs familles réunissent des fonds pour leur faire traverser les frontières. Yasemin et son mari demandent l’asile à la Suisse. Et là, c’est une nouvelle épreuve qui commence. Où la capacité de Yasemin à rebondir, à ne jamais laisser son destin lui échapper t otalement, l’a aidée à forger sa place ici.

Les débuts de son séjour en Suisse sont comme une descente aux enfers. Le Centre d’enregistrement de Bâle est une prison pour Yasemin. Avec ses barbelés, ses Sécuritas, ses chiens, ses fouilles, les questions. Elle ne vit pas autre chose, certes, que les réfugiés qui arrivent dans notre pays, et qui attendent plusieurs années, avec des hauts et des très bas, avant d’être fixés sur leur sort ; des réfugiés qui doivent malgré tout, trouver leur place dans notre société, en apprendre la langue et les usages, s’y construire une vie.

Mais pour y parvenir, Yasemin doit fournir un double effort. Elle est malade, sans énergie. Les médecins voient dans les souffrances qu’elle décrit les séquelles de ses traumatismes passés. Elle est persuadée qu’il y a autre chose. Refuse de prendre ses médicaments. Au bout d’un an et demi, ils finissent par diagnostiquer une  hépatite C et un dysfonctionnement de la thyroïde. Un diagnostic qu’elle prend d’abord comme un arrêt de mort.  Puis son tempérament reprend le dessus. Elle décide qu’il faut quand même vivre comme il faut. Elle apprend le français. Pour participer à la vie sociale de son pays d’accueil, se met à faire du bénévolat, à Caritas. Notamment dans des camps pour personnes lourdement handicapées. Et c’est là qu’elle a trouvé sa voie.
Aujourd’hui, elle suit une formation en cours d’emploi en vue de l’obtention d’un diplôme d’assistante socio-éducative.  

Lorsque Madame Viotto m’a demandé d’être la marraine de Yasemin, je me suis demandée pourquoi il ne devait pas y avoir de lien préalable entre la marraine et la lauréate. Et puis j’ai rencontré Yasemin, ce petit bout de femme plus jeune que moi et qui a déjà vu et combattu tant d’obstacles.

Et là j’ai compris –c’est une interprétation toute personnelle que dans la rencontre entre marraine et lauréate, il y a tout ce que nous défendons à longueur d’année lorsque nous prônons l’accueil de l’étranger. Il y a cette idée que lorsque nous accueillons l’autre, nous recevons beaucoup en retour.  

Yasemin a une force en elle communicative. La force de la persévérance. La conviction d’avoir des droits et ces droits, elle les revendique. Je suis flattée aujourd’hui d’être sa marraine et je lui souhaite beaucoup de bonheur dans cette nouvelle vie qui commence pour elle, et qui grandit en elle.

Genève, le 20 mars 2011
La marraine
Sophie Malka
Journaliste, coordinatrice de Vivre Ensemble (association romande de défense du droit d’asile)

 

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La marraine
Sophie Malka

 

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Madame Yasemin CAKIR

 

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