05/08/2011

"Le risque d'islamisme existe en Turquie"

"Le risque d'islamisme existe en Turquie"


L'armée turque serait-elle sur le point d'être complètement mise en retrait de la vie politique de son pays ? Second régiment le plus important de l'Otan, elle a vu ses principaux dirigeants démissionner vendredi pour protester contre le refus du gouvernement d'accorder une promotion à leurs collègues incarcérés par le régime. C'est donc sous la présidence unique du Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan qu'a débuté lundi la réunion annuelle du Conseil militaire suprême (YAS), un fait sans précédent dans le pays. Nora Seni, directrice de l'Institut français d'études anatoliennes à Istanbul (IFEA), explique au Point.fr dans quelle mesure on peut parler aujourd'hui de "dérive totalitaire" du gouvernement Erdogan.

Le Point.fr : La démission des généraux de l'armée risque-t-elle de bouleverser le paysage politique turc ?

Nora Seni : Nous ne pouvons à l'heure actuelle préjuger des conséquences d'un tel acte. Quoi qu'il en soit, celui-ci montre une prise de conscience des militaires hostiles au gouvernement. Ils se rendent compte qu'ils n'ont plus aucun pouvoir aujourd'hui en Turquie. Ils misent sur un bouleversement politique dans le pays en espérant provoquer un coup de tonnerre.


Quelle est la cause profonde de ce mécontentement de l'armée ?

Le gouvernement turc, dominé par le parti islamo-conservateur AKP, se montre intraitable envers elle. Il a invalidé la candidature de nombreux généraux pour le prochain remaniement de l'armée en août, ce qui équivaut à une mise à l'écart pure et simple. Deux cents hauts gradés demeurent actuellement en prison pour "conspiration contre l'État", suite à leur implication dans l'affaire Ergenekon (réseau politique informel qui voulait provoquer la chute du parti islamique au pouvoir depuis 2002).

Quelle est le rôle de l'armée en Turquie ?

L'institution a toujours possédé une place non négligeable, mais celle-ci n'est pas conforme aux critères occidentaux. On peut ainsi parler d'armée omnipotente. Elle a tout de même été à l'origine de quatre coups d'État en moins d'un demi-siècle, si bien que les différents responsables politiques ont toujours dû prendre en compte son avis.

N'est-elle pourtant pas considérée comme le garant de la laïcité ?

Certainement. À ce titre, nous sommes confrontés au risque d'une réécriture de la République kémaliste (basée sur les principes de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie). De l'autre côté, l'armée a prouvé qu'elle était une institution nationaliste, bancale, et très peu démocratique. Elle n'a de surcroît pas su régler la question des Kurdes de Turquie et a même tiré une certaine légitimité de la persistance du problème.

Peut-on parler de dérive totalitaire du gouvernement Erdogan ?

Nous sommes témoins d'une absence quasi totale d'instance d'opposition au gouvernement. L'armée en était la première, puis venait la presse, dont la liberté est contestée. Le pouvoir judiciaire, qui a récemment été réformé en faveur du gouvernement islamique, arrivait ensuite. Cette dégradation des droits n'est pas conforme avec la laïcité prônée par Atatürk.

Le pays va-t-il sombrer dans l'islamisme ?

Ce risque existe bel et bien. Mais il ne faut pas oublier que l'AKP a tout de même remporté trois fois d'affilée les élections législatives, avec toujours un nombre de voix supérieur au scrutin précédent. Son score a atteint en juin 50 % des votants. La grande victoire de ce parti, c'est avant tout d'avoir su promouvoir une classe moyenne inférieure grâce à certains signes de reconnaissance. Ces personnes cultivent un mode de vie conservateur et sont fidèles aux préceptes musulmans. Les femmes portent le foulard et les hommes ne boivent pas d'alcool. Ces classes, qui représentent une part non négligeable de la société turque, sont moins humiliées et plus prospères qu'auparavant. Mais il existe de l'autre côté toute une population qui ne veut ni des islamistes ni de l'armée, et qui est en quête d'un espace lui garantissant davantage de démocratie.

LE POINT.FR

07:38 Publié dans Politique | Tags : paix | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

Commentaires

Calomnie. le point c'est excusé pour cette article.

Écrit par : la vérité | 05/08/2011

Une rédaction vraiment superficielle. La Turquie est déjà un pays Islamique !
avec ses 90% de Musulmans..! La population Turc a prouver la nécessité d'un Pays démocratique au statut Islamique. ( sombrer dans l'islamisme ) ça me fait rire ! on peut dire plutôt que le pays va s'éclaircir dans l'islamisme.

Écrit par : Gun | 05/08/2011

"Le pays va-t-il sombrer dans l'islamisme ?
Ce risque existe bel et bien."
La source de cette interview, Lepoint.fr a corrigé l'erreur de traduction volontaire ou involontaire qui s'était glissée dans cette réponse. Elle a également publié des excuses.
La correction est :
"Le pays va-t-il sombrer dans l'islamisme ? Certainement pas sombrer."
En effet cette réponse est diamétralement opposée à la première.
Alors est-ce une erreur de votre part ? Nous ne pouvons que l'espérer...

Écrit par : SERA Eric | 05/08/2011

@Eric SERA
Volontairement, vous confondez Islam et islamisme. Vo spropos n'ont donc guère de sens.

Écrit par : André Baldini | 06/08/2011

Je suis perplexe quant au titre de cet article...

La Turquie est islamiste, -au travers de ses dirigeants, le peuple a voté!

Ce pays est devenu un danger pour la paix du monde. Le Kurdistan, l'Arménie, l'Algérie...Qui d'autre après? ...L'Europe? Ça m'étonnerait ou alors ce sera le déclenchement de la guerre contre nos dirigeants et contre l'islamisation de nos pays!

Écrit par : Pierre NOËL | 06/08/2011

Votre titre ressemble à une plaisanterie. Il suffit d'écouter Erdogan pour avoir compris.

Écrit par : Mère-Grand | 08/08/2011

Or donc, la question se pose maintenant de savoir quelle religion a causé plus de malheur au monde, établir en somme une statistique:
Chrétiens: colonisation et massacres systématiques après exploration de tous les Continents. 16 millions de morts pour la seule traite des Nègres entre le 16. et le 19. siècle.
Christianisme:
1. et 2. Guerre Mondiale: environ 70 millions de morts.
Guerres de religions en Europe, Inquisition: des dizaines de millions de morts en quelques siècles.
Corée: 3 millions de morts, Vietnam, 3 millions de morts, un pays dévasté par des toxines. Irak, entre 600.000 morts, un pays dévasté, 5 millions de personnes déplacées, des trésors archéologiques irremplaceables pillés ou détruits, un pays contaminé par l'urnium apprauvri des munitions dite Amies. Afghanistan: des centaines de milliers de morts, un pays ruiné
Judaisme:
Des millions de personnes déplacées, des dizaines de milliers de morts, l'oppression et l'humiliation au quotidien de millions de gens innocents.
Tant qu'à faire, autant être musulman ou peut-être bouddhiste...

Écrit par : J.C. Simonin | 09/08/2011

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