30/04/2012

Coran à l'école, virtuose athée qui s'exile, alcool interdit: la Turquie débat

La place de plus en plus imposante de la religion dans la société turque sous le gouvernement islamo-conservateur fait débat avec une série de polémiques qui inquiètent les milieux laïcs, craignant de voir leur mode de vie menacé.

C'est une réforme du système éducatif, dénoncée par le camps laïc, qui a allumé la mèche d'une vive controverse. La nouvelle loi qui sera appliquée dès la rentrée 2012-2013 introduit des cours facultatifs sur le Coran et sur la vie du prophète Mohammed dans les écoles publiques laïques.

Les élèves pourront accéder dès la fin du primaire, et non au stade du lycée, aux écoles religieuses, les Imam Hatip, destinées principalement à former des imam et des prédicateurs.

Ces établissements, considérés comme le symbole du militantisme islamiste, étaient tombés en désuétude après l'intervention militaire du 28 février 1997, qui avait chassé un gouvernement pro-islamiste.

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, lui-même issu d'une de ces écoles, a déclaré haut et fort que "grâce à nous, la nation à droit à apprendre sa religion" dans un pays où pourtant officiellement 99% de la population est musulmane.

En parallèle à cette réforme de l'éducation nationale, la justice turque a lancé une nouvelle offensive contre la hiérarchie militaire, gardienne autoproclamée de la laïcité, arrêtant une trentaine d'officiers à la retraite impliqués dans le coup d'Etat de 1997, le quatrième depuis 1960, mais opéré cette fois sans effusion de sang.

Selon l'opposition laïque au Parlement et les laïcs, la forte pression sociale en Anatolie et même à la lisière des métropoles poussera les familles à envoyer leurs enfants à ces cours de religion pour éviter d'être montrées du doigt, les rendant de fait obligatoires.

"Tu n'est pas obligé d'envoyer tes petits enfants à ces cours", a ironisé M. Erdogan à l'adresse de son rival Kemal Kiliçdaroglu, chef du parti républicain du peuple (CHP, laïc) qui cherchera auprès de la Cour constitutionnelle à annuler la réforme.

A cette polémique s'est ajoutée récemment la décision du grand pianiste, Fazil Say, qui a annoncé quil quittait sa Turquie natale pour sinstaller au Japon.

Défenseur du laïcisme, le virtuose avait déclaré son athéisme sur Twitter et moqué l'appel à la prière du muezzin, ouvrant la voie à des poursuites judiciaires.

"Je suis peut-être la première personne au monde à faire lobjet dune enquête en justice pour avoir déclaré mon athéisme", a-t-il dit à la presse, craignant d'être condamné à la prison par la justice qui réprime l'insulte aux valeurs religieuses.

A 41 ans, ce virtuose du clavier, aussi célèbre pour ses talents de compositeur que pour ses interprétations du répertoire classique, affirme n'avoir "plus d'autre voie" que de quitter la Turquie en butte, selon lui, à la montée de l'islam radical intolérant à toute autre mode de vie.

Sa décision qui semble irréversible a provoqué un nouveau débat en Turquie dirigée par le Parti de la justice et du développement (AKP) qui prend sa source dans l'islam politique mais qui nie toute volonté d'islamiser la République laïque créé en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk.

Depuis son arrivé au pouvoir en 2002, l'AKP a provoqué la polémique notamment sur des restrictions bureaucratiques apportées sur la vente de l'alcool.

La dernière en date est celle des autorités de la province d'Afyon (ouest), connue pour ses sources thermales, d'interdire toute vente de boisson alcoolisée.

Face aux vives critiques, le gouverneur local, Irfan Balkanligi, est revenu partiellement sur la décision vendredi, excluant "les lieux de pique-nique" de cette interdiction qui s'est répandue ces dernières années dans la plupart des villes anatoliennes, selon les études.  (AFP, Burak AKINCI, 29 avr 2012)

http://www.info-turk.be/404.htm#Coran

13:34 Publié dans Politique | Tags : paix | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | |

Les commentaires sont fermés.