13/11/2012

La plus grande grève de la faim de l’histoire cherche à se faire entendre


Sept députés du principal parti kurde BDP ont rejoint la grève de la faim illimitée observée par des prisonniers politiques kurdes depuis deux mois. Le pronostic vital est déjà engagé pour quelque 400 prisonniers.  Le nombre des grévistes a atteint 10 mille depuis 5 novembre, faisant de ce mouvement une des plus grandes grèves de la faim collective au monde.

« Nous sommes très inquiet. Si une solution n’est pas trouvée rapidement pour éviter la mort, ce serait  une tache noire dans l'histoire de la Turquie » a déclaré Gultan Kisanak, la co-présidente du BDP, lors d'une conférence de presse dans la province de Diyarbakir, au Kurdistan de Turquie.

Sept députés en grève

 

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Au 60eme jour de grève de la faim illimitée lancée le 12 septembre par des prisonniers politiques, cinq députés du parti kurde et le maire de Diyarbakir en dehors de la prison ont rejoint le 10 novembre la grève. Il s’agit de Gultan Kisanak, co-présidente du BDP et Aysel Tugluk, co-présidente du Congrès pour une Société Démocratique (DTK), une plateforme d'associations et mouvements kurdes dont le BDP, ainsi que Sirri Surreya Onder, Sabahat Tuncel, Adil Kurt et  le maire Osman Baydemir.  Deux autres députés, Ozdal Ucer et Emine Ayna, sont en grève de la faim depuis 8 novembre.

Actuellement, des milliers membres actif du BDP dont 6 députés, 36 maires, plus de 230 membres des conseils municipaux et 56 membres du conseil du BDP sont derrière les barreaux. Près de dix mille personnes dont des journalistes, syndicalistes, avocats, étudiants, intellectuels et défenseurs des droits humains ont été incarcérées dans le cadre de l’affaire KCK, lancée quelques semaines après le succès historique du parti kurde lors des élections municipales tenues en mars 2009. L'usage abusif de la loi anti-terroriste et la campagne de répression sous le nom d’« opérations KCK » permettent au régime turc de museler tous ceux qui luttent pacifiquement pour les droits des Kurdes.

Affirmant que son parti est déterminé à assumer son responsabilité pour trouver une solution, la co-présidente du BDP, a dit : « Nous savons très bien que si nous n’élevons pas notre voix, la mort est en train de frapper à notre porte. »

Près de 400 prisonniers en état critique

Selon Kisanak, 64 prisonniers politiques sont en grève de la faim depuis 12 septembre (soit deux mois),  88 prisonniers depuis 22 septembre (51 jours), 232 prisonniers depuis 5 octobre (36 jours).  « Les trois premiers groupes, soit 384 prisonniers encourent des risques sérieux pour leur vie. Pendant 60 jours ces prisonniers ont crié. Ils criaient ‘ça suffit !’ Nous avons essayé de leur apporter notre voix. Mais, tous nos manifestations et activités ont été interdites pendant 60 jours » a-t-elle affirmé.

Le BDP a décidé de suspendre sa participation aux travaux des commissions parlementaires, tout en continuant à assister aux sessions du parlement.

Plus de 10 journalistes sont parmi les grévistes

La grève est observée dans près de 70 prison turque.  Des journalistes élus, avocats, syndicalistes et étudiants ont également rejoint la grève. Plus dix journalistes kurdes participent à la grève de la faim, dont deux depuis 12 septembre.  L’état de santé de Tayip Temel, ancien directeur de publication du quotidien en langue kurde Azadiya Welat, est particulièrement préoccupant. Emprisonné dans la prison de Diyarbakir, il souffrirait d’hémorragies internes et de pertes de perceptions. Il serait incapable de boire et de parler.

RSF : la situation est très grave

« La situation est très grave. Ces personnes se rapprochent progressivement de la mort. Nous en appelons instamment à toutes les parties prenantes pour qu’elles adoptent, avant qu’il ne soit trop tard, une attitude positive permettant de résoudre les différends qui poussent les détenus à faire grève. Les autorités doivent impérativement gérer cette situation avec humanité et responsabilité », a déclaré Reporters sans frontières.

« La recherche d’une solution pacifique à la question kurde et l’amélioration de la situation de la liberté de la presse sont intrinsèquement liés. Nous réitérons notre appel en faveur de la libération immédiate de tous les journalistes et collaborateurs des médias actuellement emprisonnés du fait de leurs activités professionnelles. »

Plus de 600 arrestations en 15 jours

Face à cette grève collective sans précédente, le gouvernement turc refuse toujours de répondre aux revendications des prisonniers, tandis que les gouvernements européens continuent de garder le silence et de soutenir le régime turc malgré la répression antikurde.  

Les grévistes réclament la fin de l’isolement et la libération du chef du PKK Abdullah Ocalan, emprisonné sur l’Ile d’Imrali, qui n’est pas autorisé à rencontrer ses avocats depuis 27 juillet 2011 et la suppression complète des restrictions de l'usage de la langue kurde dans tous les domaines.

Mais la répression est sans merci du côté de l'Etat.  En 15 jours, au moins 617 personnes ont été arrêtées entre 23 octobre et 6 novembre lors des manifestations de soutien aux prisonniers politiques, selon un rapport de l’Association des droits de l’humain (IHD), sans compter les arrestations quotidiennes lors des descentes de la police dans les maisons.

Manifestation partout dans le monde

Pour faire entendre la voix des prisonniers et soutenir leurs revendications, les kurdes manifestent dans toute l’Europe, mais aussi aux Etats-Unis et en Russie. De Paris à Berlin, en passant par Amsterdam, Zurich, Kopenhaag, Moscou et Los Angeles, des dizaines de milliers de personnes descendent dans les rues.  De millier de personnes observent également une grève de la faim de manière limitée à trois ou quatre jours dans tous les pays de l’Union Européens, en Russie, aux États-Unis, en Turquie et au Moyen-Orient. 
(Maxime Azadi, actukurde.fr/actualites, 12 nov 2012)

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