11/05/2017

Plus de 60 jours de grève de la faim en soutien à des milliers de personnes licenciées par la dictature d'Erdogan

Cet après-midi des dizaines d'universitaires, d'académiciens, de chercheurs, d'intellectuels et de manifestants se sont rassemblés devant l'Uni-Mail à Genève pour soutenir les enseignants Nuriye Gülmen et Semih Özakça qui font la grève de la faim depuis le 11 mars dernier, et qui se sont faits licenciés dans le cadre des purges politiques menées par Erdogan en novembre 2016. Lors de ce rassemblement, un premier discours fut prononcé par M. Pagani, conseilleur administratif de la Ville de Genève, et un second discours fut aussi prononcé par les Universitaires pour la Paix de Suisse.

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Discussion de M. Pagani à l'occasion du

Rassemblement en solidarité pour Nurriye et Semih,

enseignants turcs, ayant entamé une grève de la faim

11 mai 2017 à 17h00, devant l'Uni-Mail

 

Chers étudiants, chercheurs et enseignants,

Merci à toutes et tous d'être venus aujourd'hui.

Nous sommes rassemblés ici pour manifester notre solidarité avec les deux enseignants turcs, Nurriye et Semih, qui ont été licenciés en novembre 2016 par les autorités turques.

Depuis 2015, l'armée et la police turque s'attaquent à sa propre population partout dans le pays et surtout au Kurdistan. Ce n'est pas tout! Plus de 4800 universitaires ont perdu leur travail. Le Président Erdogan leur reproche de soutenir le terrorisme alors qu'ils s'opposent aux crimes commis par le régime turc! Ils veulent la paix dans les régions, la démocratie et un Etat de droit!

Durant ces deux dernières années, j'ai visité à plusieurs reprises la Turquie. J'ai pu constater comment les militaires continuent à détruire la vieille ville de la capitale kurde «Dyiarbakir», malgré le fait que les murailles de cette ville soient protégées par l'UNESCO. Lors de mon dernier déplacement en avril pour assister au procès de la maire de Dyiarbakir, j'ai pu constater que celui-ci était une mascarade et ne respectait pas le droit des personnes.

Aujourd'hui, je suis solidaire avec Semih et Nurriye qui font la grève de la faim depuis le 11 mars. Leur grève de la faim est un combat – un combat pour la justice, la dignité et la démocratie. Leur grève de la faim doit nous faire agir. Le droit à la vie est le droit le plus fondamental. Il est inacceptable que des personnes licenciées ne puissent trouver d'autres recours que de mettre leur vie en danger.

 

En tant que membre du gouvernement de la Ville de Genève, je demande aux autorités turques de revenir à un Etat de droit. Les personnes licenciées doivent retourner sur leur lieu de travail. Le processus de paix doit reprendre. Aujourd'hui et maitenant!

Je remercie l'Université de Genève pur l'accueil des chercheurs et chercheuses menacés en Turquie.

Je salue toute solution durable et digne pour garantir à ces personnes courageuses de refaire leur vie en Suisse.

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Déclaration des “Universitaires pour la paix” exilés en Suisse

Nuriye et Semih, ont besoin de votre soutien !

Les enseignants limogés Nuriye Gülmen et Semih Özakça sont entrés dans une phase critique de leur grève de la faim. Nos amies ont décidé de faire une grève de la faim depuis plus de 60 jours pour s’opposer à leur licenciement depuis les vagues de purges en Turquie, en raison des nouveaux décrets déclarés par le gouvernement et ils dénoncent l’attitude des autorités totalitaires du gouvernement d’Erdoğan.

Les autorités turques ont limogé plus de 4 464 enseignants dans le cadre des purges lancées après la tentative de coup d’Etat en juillet, selon un décret-loi publié, devenu un mode d’exercice de pouvoir autoritaire d’Erdoğan menaçant les opposants et les Kurdes du pays. Depuis l’année 2015, le gouvernement a perpétré un “massacre” au Kurdistan de Turquie avec la déclaration de la guerre contre les forces kurdes. Des crimes contre l’humanité se produisent désormais quotidiennement au Kurdistan dans un silence assourdissant sur lesquels les Universitaires pour la paix ont attiré l’attention, en portant le regard sur les massacres et l’exercice de la violence étatique en Turquie, et spécialement dans la région kurde. Nous disions : “Nous exigeons que cessent les massacres et l’exil forcé qui frappent les Kurdes et les peuples de ces régions, la levée des couvre-feux, que soient identifiés et sanctionnés ceux qui se sont rendus coupables de violations des droits de l’homme, et la réparation des pertes matérielles et morales subies par les citoyens dans les régions sous couvre-feu.”. Nous proposions au gouvernement d’arrêter le massacre, la domination totalitaire et retourner au processus de la paix. Pour cela, nous avons déclaré que “Bu Suça Ortak Olmayacağız” “Nous, enseignants-chercheurs de Turquie, "nous ne serons pas complices de ce crimes!” perpétré au Kurdistan.

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Depuis notre pétition, puis les purges, le gouvernement a commencé à cibler les universitaires comme d’ailleurs les autres citoyens. Les universitaires et les enseignants ont subi un limogeage massif. Depuis le coup d’Etat manqué, plus de 41 000 personnes ont été arrêtées en Turquie et plus de 100 000 limogées ou suspendues, notamment des professeurs, des enseignants et des magistrats. Des dizaines de médias et d’associations ont par ailleurs été fermés et de nombreux journalistes licenciés, emprisonnés. Depuis 2015, le gouvernement AKP s’érige en totalitarisme, aboutissant à ce que des citoyens limogés, ciblés, menacés, emprisonnés sur le sol de la Turquie, en viennent à «une mort lente », en utilisant la grève de la faim.

Nuriye et Semih sont en grève de la faim depuis le 9 mars à Ankara. Ils-elles sont entré-es en résistance dès le mois de novembre 2016, après leur licenciement en novembre 2016. Comme des milliers de fonctionnaires, enseignant-es du primaire à l’université, ou appartenant à d’autres services publics, syndiqué-es ou non, Nuriye et Semih ont été licencié-es dans le cadre des purges politiques menées par Erdoğan. Nombre d’entre eux /elles ont subi l’exil politique et elles ont refusé de se taire et de se soumettre. Ils-elles se sont révolté-es contre les licenciements massifs, contre l’État d’urgence et plus largement contre la répression. Tabassé-es, arrêté-es, placé-es en garde-à-vue, de multiples fois, ils-elles n’ont pas renoncé.L’histoire de résistance de Nuriye Gülmen commence par un sit-in le 9 novembre 2016, à Ankara, sur le boulevard Yüksel. Pour une vingtaine de soutiens et une seule manifestante, plus d’une centaine de policiers anti-émeute ont été déployés, à peine avait-elle commencé à prononcer la première phrase de son communiqué “Je suis une universitaire licenciée”. Nos amies Nuriye Gülmen net Semih Özakça comme nous et les autres collègues, se sont retrouvés au chômage subitement, comme des centaines de milliers de fonctionnaires licenciés par décret, et projetés dans la précarité, et donc ont décidé de faire une grève de la faim contre le licenciement et l’inégalité gouvernementale depuis plus de 60 jours maintenant. Ces enseignant-es, sont entrée en résistance et après avoir manifesté d’abord seul-es, ont ensuite réuni leurs forces. Ils, elles ont été molestées, frappées, traînées, de nombreuses fois arrêtées, mis-es en garde-à-vue, mais dès qu’ils, elles retrouvent leur libertés, se rendent au lieu de rendez-vous, à Ankara, et recommencent avec détermination leur grève de la faim.

Cette décision de nos ami-es collègues questionne nécessairement la pratique du pouvoir étatique et son langage extravagant et typique qui assume la domination raciale, le crime de guerre, l’enfermement autoritaire, la violence paramilitaire et la torture face à ses citoyens. Leur résistance est emblématique de la situation des opposant-es en Turquie. Des milliers de personnes, syndicalistes, féministes, kurdes ou simplement révolté-es, sont enfermées dans les geôles turques. La réalité de la répression pourrait encore s’aggraver maintenant après le référendum qui donne les pleins pouvoirs à Erdoğan et qui lui permettra de gouverner par décret, le parlement n’étant alors plus qu’une simple chambre d’enregistrement.

Nos collègues annoncent qu’ils n’abandonneront pas les exigences de la grève de la faim sans engagements concrets de la part du gouvernement. Chaque jour que nos amiEs sont contraints de passer en risquant la mort pour leurs droits rapproche un peu plus d’une issue fatale, nous pensons que nous perdons là notre humanité.

C’est une lutte pour la vie, et non pour la mort. Nous invitons tout le monde à réagir.

Ils nous appellent :

“Si vous voulez faire quelque chose pour nous, élevez notre voix!”

Faites cesser les licenciements illégaux et arbitraires.

Nuriye et Semih, ont besoin de votre soutien !

Universitaires pour la Paix • Suisse

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