01/06/2018

Prestation de serment du Conseil d'Etat

Prestation de Serment du Conseil d’Etat de la République et canton de Genève devant le Grand Conseil.

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Discours à Saint-Pierre de M. Jean ROMAIN, président du Grand Conseil

Une fois les élections passées, en début de chaque nouvelle législature, le Grand Conseil tient une séance extraordinaire en ces lieux pour recevoir le serment des conseillers d'Etat. Auparavant, je souhaite féliciter une fois encore les magistrats sortants, M. François Longchamp et M. Luc Barthassat pour leur engagement au service des citoyens de Genève. 
 
Je souhaite ensuite convoquer une citation de Michel-Ange : « Dieu a donné une sœur au souvenir, et il l’appelle l’espoir ».
 
Le souvenir est tourné vers le passé, vers ce qui est notre héritage. Dans ce temple de Saint-Pierre, si l’on se mettait à l’écoute du passé, dans ce Temple où Calvin a prêché, les voix de plusieurs générations s’entre tisseraient pour nous persuader que nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. Situation confortable il est vrai puisqu’on nous porte, mais situation passive aussi, puisqu’on nous emporte. 
 
La sœur du souvenir, assure Michel-Ange, est l’espoir. Cette vertu est tout entière tournée vers l’avenir. Mais l’avenir n’a pas la solidité du Rien n’y est certain. 
 
L’intelligence humaine, lorsqu’elle regarde l’avenir, est plongée dans l’incertitude et dans le doute. Tandis que le sentiment, tourné vers l’avenir, est au contraire celui d’une conviction : le jour se lèvera demain et il verra une part de nos souhaits. Il y croit de tout son cœur, le sentiment. Au fond, l’espoir est le mariage improbable de l’incertitude intellectuelle et de la certitude affective. C’est à cette noce que je voudrais vous convier un instant aujourd’hui. 
 
Notre génération est passée des postes de radio FM à l’internet, aux réseaux sociaux et à la réalité augmentée. Malgré la fulgurance de ces bouleversements, il est dans ce canton trois piliers sur lesquels l’homme peut s’appuyer. 
 
Ces trois piliers ont cadré notre souvenir commun, et j’ai l’espoir qu’ils encadreront notre avenir conjoint. 
 
Le premier de ces piliers est celui de la liberté. Cette liberté que nous célébrons rituellement chaque année le 12 décembre, cette liberté à propos de laquelle Rousseau rappelait « qu’il n’y a point de liberté sans Loi, ni où quelqu’un est au-dessus des Lois. » La doctrine politique de Rousseau, le Citoyen de Genève, a pour idéal la liberté. Selon le philosophe, être libre c’est accepter de rentrer dans le pacte des hommes libres. Lorsque je me promène dans la ville, lorsque je me fais le piéton de Genève et que je passe sur l’île Rousseau, il n’est pas une fois sans que ces mots me reviennent en mémoire : « Renoncer à sa liberté, c‘est renoncer à sa qualité d’homme ». C’est un bastion qui supporte la statue de Jean-Jacques, et voilà que le piéton que je suis se transforme soudain en pèlerin. Plus tard, dans sa classe de philosophie, l’étudiant apprendra qu’être autonome, c’est se donner à soi-même des principes de pensées et d’actions. 
 
Le deuxième pilier est connexe au premier. Il est son alter ego : la responsabilité. S’il vivait seul sur une île, l’homme n’aurait pas à être responsable puisqu’il n’aurait personne à qui répondre. Les hommes, selon Kant, sont responsables de leurs actes dans la mesure où ils sont sujets d’une volonté autonome, qui leur permet d’agir moralement. 
 
Or aujourd’hui, l’urgence nous oblige à passer de la responsabilité individuelle à la responsabilité de tous. En effet, le philosophe allemand Hans Jonas, dans son livre « Le principe responsabilité » plaide pour l’extrême urgence de nous doter d’une éthique pour la civilisation technologique. 
 
Selon Jonas, la promesse de la technique moderne s’est inversée en une menace de catastrophe : la science confère à l’homme des forces jamais encore connues. La prise de conscience de ces menaces et du caractère irréversible des implications de certains choix technologiques ne peut que faire naître la peur. Or, le souligne Jonas, la peur est, elle-même, l’obligation préliminaire d’une éthique de la responsabilité. 
 
 
 C’est une peur qui invite à agir et qui s’accompagne de l’espoir : nous sommes prêts à faire ce qu’il faut pour éviter le pire, dit l’homme responsable. Il s’agit du courage de transformer sa propre crainte en devoir d’action. 
 
Le troisième pilier est celui de la laïcité. 
 
La laïcité est une construction qui a été pensée pour répondre à une question politique : comment construire une unité en deçà des particularismes de chacun ? Cette question est devenue centrale dans le contexte des importantes migrations car les nations homogènes sur le plan de leur tradition, de leur religion, de leurs valeurs n’existent plus. Alors, comment à partir de cette nouvelle pluralité composer une unité ? Comment unifier sans pourtant que chacun soit obligé d’aliéner sa différence ? 
 
 
 A cette question, la laïcité répond par deux principes : il y a d’une part ce qui est commun à tous les hommes et de l’autre ce qui différencie les êtres humains, et qui relève de leur sphère privée. Une vision partisane ou religieuse, par exemple, n’engage que les partisans ou les croyants, et ne saurait engager toute la communauté. 
 
Il faut que la sphère publique soit indépendante du particularisme politique, religieux, athée ou agnostique. Cette distinction entre public et privé est centrale. Mais dire que la religion est du domaine privé ne signifie pas que la religion doive rester cantonnée au domestique. Cela signifie que la religion ne doit pas prétendre ni à légiférer ni à réglementer le domaine public. Car la religion n’engage pas tout le monde. Donc la loi commune qui organise la société doit être indépendante des particularismes. Indépendante ne veut pas dire hostile aux religions, mais simplement libre par rapport aux diverses normes religieuses. 
 
 Cette laïcité garantit trois principes : la liberté de conscience ; l’égalité de droit de toutes les croyances, y compris les non-croyances ; l’orientation universaliste de la puissance publique, ennemie des communautarismes. 
 
Ces trois piliers soutiennent notre République moderne. Aussi, revenir sur la phrase inaugurale de Michel-Ange me semble-t-il nécessaire maintenant : le souvenir et l’espoir ! 
 
L’homme s’inscrit dans le temps, et même si chacun de nous a suffisamment d’entendement pour gagner en autonomie, pour s’affranchir des héritages parfois pesants, cette dimension d’appartenance à une culture pluriséculaire bride sérieusement notre autosuffisance et parfois notre arrogance. L’homme est issu d’une source qui le précède et le transcende ; il arrive après ; il suit, donc il pense ! 
 Il est parfois délicat de reconnaître le point exact où la volonté diverge d’avec la force. 
 
C’est à ce point de rupture, le plus souvent, que l’homme politique commet ses erreurs les plus lourdes. 
 
1. La première et la mieux partagée est évidemment l’orgueil. Elle apparaît à l’instant où la volonté occupe toute la place, et elle oublie par surplus d’intensité du Moi que le pouvoir émane de la volonté du peuple. L’orgueil s’installe où la volonté personnelle remplace le service de la volonté populaire. Les écoutilles se referment alors, le lien entre l’élu et le peuple se brise, et ne reste plus que la coquille close qui suit une ligne personnelle. L’orgueil est ce qui guette le politique n’écoutant que sa passion, et lui fait perdre le contact avec le sol. 
 
2. Les anciens Grecs avaient un mot pour dire qu’on avait dépassé les limites : hybris. L’hybris, c’est l’excès, le fait de se laisser aller aux extrêmes, le renoncement à toute retenue. Aussi la deuxième erreur de l’homme politique est-elle la colère. Dans la colère, la force n’est plus maîtrisée par la volonté, elle a libre cours, et toute contrariété lui donne le signal du départ. Devant la manière dont se forme la complexité des refus, la colère répond par la simplicité de sa réaction. Elle est non seulement mauvaise conseillère, mais elle est souvent la défaite de l’intelligence. 
 
3. La politique nécessite la capacité de convaincre, de faire partager sa propre opinion. 
 
Certains y parviennent en raison de leur rhétorique, de leur aptitude à s’adapter à leur auditoire. Bien des politiques en éprouvent de l’envie. L’envie est la peine que l’on ressent au succès de nos semblables, et c’est la troisième erreur ; elle est sœur de la malice et de la ruse, car elle est la volonté libre, sans la force. 
 
4. « L'amour, c'est le soleil après la pluie ; et la luxure, c'est l'orage après le soleil », écrivait Shakespeare. On sait le pouvoir de séduction de l’homme politique, et combien d’aucuns en profitent. Dans ce temple de Saint-Pierre, je m’en tiendrai à cette citation qui dit assez ce qui peut advenir des excès de la séduction et de ses plaisirs. 
 
5. Ma conviction est que l’homme doit être formé par l’esprit. Mais il est un versant qui semble contrarier cette ambition, un versant de l’individu qui s’attache au matériel, et particulièrement à l’argent. Il existe un travers parmi les erreurs les plus constantes : un attachement excessif aux richesses matérielles. C’est l’avarice qui conseille, égoïste qu’elle est, de ne rien trop partager et d’accumuler l’inessentiel. Et c’est la cinquième erreur. 
 
6. Seule la paresse fatigue véritablement l’homme politique ! Elle est ingrate parce qu’elle vole ce qu’elle prétend préserver : le repos qui fait remettre au lendemain non seulement la tâche à accomplir mais encore la satisfaction d’avoir fait ce qu’on avait à faire. En différant cette satisfaction, la paresse convoque partout l’inquiétude de l’âme. 
 
 7. Quant à la gourmandise, Mesdames et Messieurs, elle est devenue l’art de manger et de boire raisonnablement. Maîtrisée, elle n’est plus une faute impardonnable, et c’est elle qui nous attend dans la cour de l’Hôtel de Ville et sous l’Ancien arsenal, au sortir de cette cérémonie. * * * 
 
Aux dernières élections, le peuple genevois a donné plus de poids aux partis gouvernementaux. Il a été clair, c’est eux qu’il soutient durant ces cinq prochaines années. Ce peuple demande à son parlement et à son gouvernement de ne pas trahir sa confiance ; il a fait son travail, à nous de faire le nôtre : construire des ponts en dépassant les clans, tout en ne cédant pas aux extrêmes car c’est aux majorités qu’incombe la tâche de faire la politique genevoise. Et non pas aux minorités. Mais pour cela, il faut s’entendre. 
 
 La sœur du souvenir, affirmait Michel-Ange, est l’espoir. Puissent donc le Conseil d'Etat et le Grand Conseil œuvrer ensemble en bonne intelligence en faveur de l'intérêt de tous sous l’auspice de cette double postulation ! Vive notre République, libre, responsable et laïque !

 M. Jean ROMAIN, président du Grand Conseil

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Allocution de Monsieur Pierre Maudet, président du Conseil d’Etat, lors de la prestation de serment du Conseil d'Etat, le 31 mai 2018 à la cathédrale Saint-Pierre

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Depuis plus de sept siècles, le gouvernement de Genève prête serment sous les voûtes tutélaires de cet édifice majestueux. Le Conseil d’Etat connaît la valeur de l'Histoire. Il n'ignore pas les combats pour la foi, pour les franchises, pour la liberté et pour l'indépendance. Il sait les vertus de l'alliance fédérale. L'union est rassurante. Elle procure la sécurité. Elle projette vers l'avenir. Elle suscite autant la force que l'espoir.

En ce jour de cérémonie républicaine, le gouvernement appelle à une alliance renouvelée. Entre le peuple et les autorités. Entre les trois pouvoirs. Entre tous les échelons institutionnels; les communes, le canton, la Confédération. Avec, aussi, la région. Et entre les partis, qui doivent gouverner en coalition. Nous rechercherons cette alliance, pour le bien de nos concitoyennes et de nos concitoyens. Nous nous engageons à perpétuer les valeurs inscrites dans la constitution. Avec elles, nous proclamons que "le peuple de Genève reconnaît son héritage humaniste, spirituel, culturel et scientifique et son appartenance à la Confédération suisse".

Ce propos éclaire la souveraineté du peuple, ce qui rend humble. Il souligne la valeur de l'héritage, ce qui rend redevable. Il oblige aussi à voir loin.

Mesdames et Messieurs,

Oui, nous avons la charge d'un héritage puissant. L'héritage, c'est ce que l'on reçoit et c'est ce que l'on transmet. Le détenteur a charge de faire fructifier le bien, de le développer et de l'améliorer. Cela permet de bâtir l'avenir. Un jour, les générations suivantes le recevront à leur tour. Au sens propre, elles devront en bénéficier. Dans "bénéfice", il y a "bienfait". Agir pour le bien: la métaphore illustre l'art et le devoir de la bonne gouvernance.

Cet héritage, c'est par exemple la concrétisation du Léman Express, ses nouvelles gares et ses nouveaux quartiers, qui sortent de terre. Dans moins de deux ans, Genève aura changé d'échelle. Une nouvelle artère irriguera le cœur de l'agglomération. Il nous reviendra d'accompagner cette réussite d'une politique des transports forte, qui donne un élan durable aux déplacements non polluants. Il nous reviendra de convaincre la Confédération de l'importance et de l'urgence de compléter le Léman Express d'un réseau de lignes de tram enrichi. Celui des Nations d'abord, mais aussi les lignes transfrontalières. C'est avec nos partenaires de la région que nous avons obtenu le Léman Express, l'élargissement de l'autoroute de contournement, la future route des Nations. C'est à leurs côtés que nous entendons nous battre pour renforcer encore la mobilité dans toute l'agglomération.

Les bornes aujourd'hui ne sont plus des barrages. Elles sont des témoins. Le Grand Genève se concevra comme une géographie de l'esprit qu'il s'agira de réinvestir. Ce qu'il convient de déplacer, ce sont les limites mentales. Pour que la frontière, pour que l'aéroport aussi qui la jouxte, cesse d'être une coupure, pour devenir une couture.

Notre héritage, ce sera, dans le même délai, l'ouverture de la Nouvelle Comédie et du Nouveau théâtre de Carouge et le retour en ses murs restaurés du Grand Théâtre de Genève. La cité doit s'enorgueillir d'avoir placé tant d'ambitions dans ses lieux de culture. Il appartiendra aux autorités, municipales ou cantonales, de leur offrir le cadre législatif et budgétaire qui leur permettra d'enrichir le dialogue et la réflexion sur le vivre-ensemble. Il en ira de même pour la Cité de la Musique, que de généreux mécènes offrent, sur la rive droite. Elle ajoutera au rayonnement culturel de Genève et de toute la Suisse romande. On ne peut pas évoquer Genève sans saluer la richesse de ses scènes et de ses créateurs, nourris de toutes les influences.

Notre héritage, ce sont des infrastructures hospitalières de pointe, qui garantissent à chacune et à chacun l’accès à des soins de qualité, et qui attirent les meilleurs spécialistes et chercheurs. Cette qualité a un coût mais celui-ci doit rester supportable pour notre collectivité. Sa maîtrise reste une priorité. Elle appelle une politique sanitaire non seulement repensée, mais créative.

Notre héritage, ce sont des hautes écoles parmi les plus performantes du globe, du campus de Battelle à celui de la HEAD, en passant par le CMU et la Maison de la Paix, qui préfigurent la rénovation du bâtiment historique de l'Université aux Bastions. Cet héritage nous fonde à penser une politique de recherche ambitieuse. Genève est déjà le laboratoire où le monde explore l'infiniment petit, au Campus Biotech ou au CERN, qui en même temps atteint l'infiniment grand. Le CERN qui s'apprête à accueillir, d'ici une décennie, un nouvel accélérateur, un anneau de 100 kilomètres de circonférence.

Notre héritage, c'est une école capable de répondre aux défis du numérique, mais sans négliger pour autant la maîtrise des savoirs de base. C'est la voie vers l'autonomie. Il faut oser repenser ou renforcer le système, s’il ne répond pas aux besoins. Chaque enfant, chaque jeune doit trouver sa place. Un jeune, un diplôme, un avenir: voilà un autre défi. Nous l'assumerons. Il faut savoir innover. Dès la rentrée scolaire 2018, la formation sera obligatoire jusqu’à 18 ans. Il s'agit d'un changement constitutionnel historique et fondamental en matière d’instruction publique. La Suisse nous regarde. Notre canton refonde les pratiques; il fait bouger les lignes; il institue un nouveau pacte, à l'avant-garde de l'humanisme du XXIe siècle.

Mesdames et Messieurs,

Notre héritage, c'est cette Genève internationale dont il y a cinq ans encore, on annonçait l'érosion. Nous bénéficions d'un pacte renouvelé entre la Ville, le canton, la Confédération et l'ONU, grâce auquel nous verrons ces prochaines années la rénovation et l'extension des principaux bâtiments des organisations internationales. Il nous appartient de faire vivre cet héritage, aussi dans le sens du développement durable. Genève est capitale mondiale des observations sur le climat, dont l'évolution menace la stabilité du monde entier. Nous développerons  le potentiel né de ce statut. Durant cette législature, nous entendons placer Genève et la Suisse au cœur de l'action environnementale des Nations, au même titre que nous plaçons déjà l'environnement au cœur de nos préoccupations locales. La préservation de la qualité de vie de notre canton, si harmonieux avec son lac, ses forêts, ses villages et ses villes ; cet équilibre et la préservation des ressources naturelles n'est plus seulement un objectif : c'est une exigence. Nous bâtissons, beaucoup, pour l'habitat, pour la vie sociale, mais dans le respect strict du territoire et de son équilibre d'autant plus délicat qu'il est restreint.

Notre héritage, grâce aux efforts de notre population et de nos prédécesseurs, c'est aussi une dette allégée d'un milliard de francs, en quatre ans, malgré ces investissements considérables. Cela reste fragile. Il nous faut une économie forte si l'on veut poursuivre.

Une économie saine crée des emplois et génère de la richesse au profit de toute la Suisse. Et pourtant, le chômage persiste. Notre responsabilité, c'est de refondre nos politiques de formation et d'emploi, pour que nos habitants, prioritairement, quel que soit leur âge, y trouvent leur place. Trop de personnes parviennent en fin de droits au chômage sans avoir retrouvé un emploi. Trop de temps s'écoule aussi avant la réinsertion des bénéficiaires de l'aide sociale. Trop peu de personnes, relevant de l'asile, ont trouvé à Genève un emploi et, avec cet emploi, la dignité de contribuer à la prospérité commune. La classe moyenne s’érode. Le rôle de l'économie ne se limite pas à générer de la croissance et des recettes fiscales. Il lui revient d'offrir à nos habitants, par le travail: la fierté, la dignité et le lien social.

Avec ses atouts, Genève doit devenir le laboratoire où les technologies d'aujourd'hui fondent le bien-être de demain. L'économie et la société évoluent. L'intelligence artificielle, la blockchain, les monnaies numériques, le big data effraient. Mais il ne faut pas craindre le mouvement! Il faut l'accompagner pour mieux le maîtriser. Genève doit en devenir un pôle mondial pour que la 4e révolution industrielle, comme les précédentes, crée plus d'opportunités que de menaces. La gouvernance d'internet, la protection des données, la formation de toutes les générations aux enjeux numériques sont les clés d'un avenir où l'humain conserve la maîtrise de son destin. Genève, lieu des Digital Talks, doit être le lieu où ces enjeux se négocient. Il en va de la sécurité de notre société, au plan immatériel comme au plan matériel, que nos forces de l'ordre assurent avec dévouement, dans nos rues comme sur les réseaux numériques.

Et l'héritage bien sûr doit aux aînés. C'est une évidence. Il en est une autre que la vie s'allonge. La population vieillit. En 1900, la durée de vie moyenne restait inférieure à 40 ans. En 1947, elle ne dépassait pas 70 ans. En un siècle, la durée de vie a été doublée. Et depuis vingt ans, le nombre de centenaires aussi a été doublé. C’est une bonne nouvelle et c’est un héritage de plus d’un siècle de progrès médical. On jugera plus tard notre société à sa capacité à répondre au défi de cet allongement de nos vies.

Mesdames et Messieurs,

En rendant sa confiance aux partis qui ont fait ce canton durant le siècle passé, le peuple nous demande de chercher l'entente et le dialogue. Il est fatigué des luttes stériles. Les illusionnistes ne font plus recette. Le peuple veut que ses autorités travaillent. Qu'elles négocient. Qu'elles s'entendent.  Qu'elles dépassent les dogmes. Qu'elles adoptent, à l'image de notre Confédération, une unité de style de nature à transcender les différences.

L'abstentionnisme nous interpelle. Il témoigne à la fois de l'amertume, terreau des révoltes, et de l'indifférence, poison de la cohésion sociale. La démocratie s'entretient méthodiquement. La nôtre est une chance. Le rééquilibrage des forces politiques doit être compris comme l’expression d’une volonté de conjonction, et non de confrontation, que seule la qualité de notre réponse permettra de confirmer.

A nous de rétablir le pacte. James Fazy professait que passer d'un régime patricien à un régime démocratique exige de s'atteler à construire une conscience collective. La conscience collective naît du compromis, patiemment élaboré. Le peuple n'attend pas de son gouvernement qu'il reproduise les divergences qui fissurent la société. Il nous désigne au contraire pour les dépasser.

Nous sommes conscients de l'enjeu. Ce modèle de pacte, notre canton l'a testé avec Papyrus. Limité dans le temps et assorti de cautèles strictes, ce programme de régularisation de travailleurs et de travailleuses sans papiers a bénéficié de l'intelligence des syndicats et de la clairvoyance des employeurs. Cet acte de justice sociale doit à l'ouverture des frontières mentales et à l'abandon des postures de principe. Pour le fond, il faut voir là la genèse d'une nouvelle grammaire du bien commun. Pour la forme, il faut voir aussi, et surtout, une méthodologie qui dépasse les clivages et délivre à ce titre de précieux enseignements.

Le contrat social porte enfin sur le territoire et sur le logement, qui doit rester abordable. Depuis 1957, ce pacte fondateur repose sur l'attribution, dans les zones de développement, de droits à bâtir aux constructeurs privés en échange de leur engagement à construire pour toutes les catégories de la population. Le Conseil d'Etat entend préserver cet équilibre et le concrétiser prochainement encore dans le secteur Praille-Acacias-Vernets; le PAV, ce nouveau centre de la cité que nous laisserons à nos enfants comme la preuve de la vision claire de leurs parents. Ce projet parmi les plus ambitieux d'Europe va remodeler Genève.

C'est sur de telles bases – lever les barrières, briser les tabous et changer les codes – que le canton de Genève doit renouveler son contrat social. Ce modèle d'innovation politique vaut exemple, tant pour le contenu que pour la méthode.

Mesdames et Messieurs les députés, chers invités,

En huit ans, les dépenses sociales ont crû trois fois plus vite que le rendement de l'impôt qui a lui-même augmenté substantiellement. Il nous appartiendra de refonder la politique d'insertion sociale pour que personne ne se sente abandonné par la croissance.

La fiscalité doit refléter un développement économique régional durable qui sache maîtriser sa croissance. Notre idée centrale, c'est que l'économie privée est le pivot de toute action publique, parce qu'elle en garantit la viabilité. C'est pour cela que nous devons soutenir nos PME et nos entreprises, dont la contribution finance les dépenses sociales. Le projet fiscal 17 s'inscrit dans cette ligne. Cette réforme doit stimuler la création, l'emploi et la recherche. Comme le veut le droit international, les statuts fiscaux spéciaux seront abolis. Cela signifie, enfin, l'égalité de traitement entre toutes les entreprises.

En retour, et comme le canton voisin l’a déjà fait, nous entendons adapter le taux d’imposition des entreprises. Le contrat social, c’est la conscience collective de notre responsabilité de trouver de nouveaux équilibres économiques. C'est peut-être l'oubli de cette réalité qui a conduit, à Berne, le projet initial dans une impasse. Un oubli que le Parlement fédéral semble vouloir corriger, au profit, là aussi, d'un pacte entre les partis.

La constitution suisse rappelle dans son préambule que "la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres". Il faut lire la formule entièrement. Dans la même phrase, l'auteur dit aussi que "seul est libre qui use de sa liberté". 

Alors, soyons libres! Libres de changer nos façons de faire! Libres de relever autrement les défis qui nous font face! Libres de travailler ensemble, en binômes, en délégation ou encore en collège, pour trouver en la résultante de nos forces l'esquisse de nouvelles solutions! Nous posons aujourd'hui l'enjeu à travers ce discours; nous le confirmerons dans notre programme de législature et nous vous inviterons, Mesdames et Messieurs les députés, à le matérialiser dans un nouveau "contrat de législature". Un contrat qui devra, à la fin de cette année déjà, sceller une vision commune de notre destinée immédiate.

Le contrat social dont nous parlons exige de ce gouvernement qu'il aille au-devant de la population. Un contrat social affirme la souveraineté du peuple. Celle-ci doit être reconquise. Dans les prochains mois, la population tout entière sera invitée à participer à une démarche prospective et participative visant à définir la Genève que nous voulons en 2050.

La nature de Genève, et en même temps sa grandeur, c'est l'union de ses diverses appartenances, géographiques, culturelles, toutes combinée à l'expression raisonnée d'un projet politique incarnant une volonté commune. Cette volonté se fonde sur un système de valeurs intangibles qui entraîne un sentiment d'appartenance, de fierté et de confiance, dont la laïcité de l'Etat, récemment réaffirmée par le Grand Conseil, est la première garante.

Chers Confédérés, Genevois et étrangers, résidents ou de passage,

De l'infiniment petit jaillit l'infiniment grand.
De l'esprit vient l'audace et le discernement.
De l’union naît la force et l'espoir.

Débattons sereinement.
Avançons conjointement.
Agissons résolument.

Vive Genève ! Vive la République ! Vive la Suisse !

Pierre Maudet 
Président du Conseil d’Etat

https://www.ge.ch/actualite/discours-saint-pierre-31-05-2018

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Commentaires

Un grand merci pour ces photos Mr Sönmez, vous êtes ici un témoin essentiel de notre temps et de notre République.

Vous nous avez photographiés dans cette cérémonie deux grands absents, le peuple et la pudeur.

La photo du conseil d’Etat sur l’estrade devant la Cathédrale, où il y a plus de conseillers d’Etat que de public derrière les barrières, parle d’elle-même. Quant à l’assemblée ébahie à l’intérieur de la nef n’en parlons pas, il n’y a là que corps constitués et gens d’appareil. De gens du peuple il n’y en a quasiment aucune trace.

Quant au conseil d’Etat tendant fièrement la main pour jurer et promettre qu’il respectera les Constitutions de notre pays elle révèle l’absence de toute retenue et de toute pudeur.

Car si l’on excepte Mr Poggia, les autres conseillers font tous partie de partis politiques qui sont parjures sur le plan fédéral, dont les représentants ont jurés qu’ils respecteraient notre Constitution et nos institutions mais qui ont confisqué le 16 décembre 2016 les votes de près d’un million et demi de citoyens de notre pays, et continuent de s’asseoir dessus.

Dès lors la question se pose. Qu’avez-vous donc fixé sur votre pellicule ? Lorsque ceux qui jurent et prêtent serment de respecter nos Constitutions et nos institutions sont précisément en train de les violer ? Cela fait penser à l’image de celui qui vous prend votre place de parking tout en vous jurant en même temps qu’il n’est pas en train de vous la prendre.

Ce n’est qu’une manifestation de mépris, de mépris extrême pour l’autre, pour le peuple. Une marque extrême de mépris pour nos institutions et notre passé.

Je pense que la prochaine fois ces gens devraient aller faire leur cirque à Palexpo, ils y seraient plus à leurs places. Car venir jurer et promettre le respect alors qu’on est précisément en train de le mépriser est un blasphème dans une Cathédrale, qui au-delà des vicissitudes de l’Histoire est et reste un de ces temple élevés à la gloire de la vie et du respect, à leur origine des temples édifiés à notre éthique commune.

Pour ce qui est du discours du président du Grand conseil qui vient nous expliquer, invoquant Rousseau « qu’il n’y a point de liberté sans Loi, ni où quelqu’un est au-dessus des Lois », et bien, je l’ai jeté dans le caniveau.

Comment quelqu’un dont le parti est précisément en train de confisquer notre volonté générale et se placer au-dessus de notre Loi fondamentale, au-dessus de notre peuple, peut-il se permette d’invoquer Rousseau ? Sans parler du discours du président du conseil d’Etat qui du même parti, arrive à se placer sous l’auspice du Contrat social.

Pas plus le discours de l’un que de l’autre n’a la moindre valeur éthique, pas plus de valeur qu’une vulgaire cravate de soie déchirée qu’on jette à la poubelle après la cérémonie.

Chez les Anciens l’hypocrisie était vue comme une infamie, une atteinte directe à l’ordre universel et à la vie sociale de la communauté. Elle est aujourd’hui devenue une norme du conseil d’Etat, une norme derrière laquelle courent les apparatchiks de tous bords en bêlant.

Écrit par : Piccand Michel | 03/06/2018

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