La Communauté arménienne de Suisse manifeste contre l'agression de l'Azerbaidjian

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À l’appel de la Communauté arménienne de Suisse, entre 250 et 300 personnes ont participé mardi 28 juillet 2020 à une manifestation de soutien à la République d’Arménie à Genève, à la Place des Nations.

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Discours de M. Arnaud Moreillon, Conseiller municipal de la Ville de Genève du Parti Socialiste

Barev Dzez,

Je m’exprime ici pour le Parti socialiste suisse qui s’est notamment engagé en faveur de la reconnaissance du génocide arménien au Conseil national et qui, à Genève, a soutenu la création des lampadaires de la mémoire, pour donner chaire ici en sa cité au souvenir du crime contre l’humanité.

Carlo Sommaruga, Conseiller aux Etats et Co-Président du Groupe parlementaire d’amitié Suisse-Arménie, se joint à moi pour exprimer au peuple arménien notre profonde solidarité et notre inquiétude au vu des événements survenus en juillet à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

Avant d’appeler le Conseil fédéral à :

  • Demander la mise sur pied d’une équipe d’experts indépendants pour vérifier ce qu’il se passe sur la frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie,
  • Exiger le respect des frontières et la désescalade du conflit armé,
  • Condamner l’Azerbaïdjan pour avoir agressé l’Arménie, car c’est bien cela qui s’est produit
  • Dénoncer la menace d’une attaque sur une usine nucléaire,

je vais me permettre de partager avec vous quelques éléments personnels.

J’ai eu la chance de voyager en Arménie avec un ami il y a 20 ans et j’en garde des souvenirs impérissables. J’avais soif d’authenticité et je voulais savoir ce qu’était devenu ce peuple qui avait été le premier état chrétien, qui avait survécu à un génocide et était sorti du communisme. Nous y avons été merveilleusement accueillis. Mais il y a deux éléments qui m’ont profondément marqué : L’inaccessibilité physique à sa mémoire collective et l’étau géopolitique.

Nous avons parcouru l’Arménie par monts et par vaux, mais nous avons aussi pu découvrir les vestiges arméniens de l’autre côté de la frontière avec la Turquie, comme les églises au bord du Lac Van ou la Cathédrale Sainte-Mère de Dieu à Ani. Elle est à un jet de pierre de l’Arménie, mais pas un seul Arménien ne peut s’y rendre. J’avais l’impression de traverser un rideau de fer. La Turquie laisse ce patrimoine se dégrader. Aux blessures du génocide, s’ajoute la vexation de voir son patrimoine inexorablement s’effriter.

En termes de cynisme, il y a aussi celui que l’histoire nous livre ces jours. Le Président turc transforme Sainte-Sophie en une mosquée, comme le Sultan Alp Arslan l’avait fait il y a un peu plus de mille ans pour la Cathédrale Sainte-Mère de Dieu. Provocation qui a pour objectif de montrer sa puissance, de diviser les communautés et tisser encore un peu plus ce lien si dangereux entre religion et Etat.

Ensuite l’étau. Nous avons essentiellement parcouru le pays du Nord au Sud. Entouré par la Turquie et l’Azerbaïdjan, l’Arménie est totalement fermée dans son axe est-ouest. C’est comme si la France et l’Autriche étaient hostiles à la Suisse et que notre petit pays montagneux ne puisse respirer que grâce à l’Allemagne et l’Italie.  Seules les routes qui mènent à la Géorgie au Nord et à l’Iran au Sud sont ouvertes. L’Arménie se trouve donc dans une sorte d’étau géopolitique.

Au vu de la réaction turque de soutien inconditionnel à l’Azerbaïdjan aux récents combats, alors que les puissances occidentales appellent à l’appaisement, il est plus que légitime de craindre voir cet étau se resserrer.

L’intérêt de la Suisse est d’agir pour éviter une escalade du conflit et une déstabilisation de la région. Celles-ci aboutiraient à des conséquences humaines et politiques désastreuses que ni l’Europe, ni la Suisse ne seraient en mesure de gérer, comme on l’a vu récemment avec le drame syrien.

Le Conseil fédéral doit pour cela exiger que des experts indépendants, par exemple de l’OSCE, soient dépêchés sur la frontière pour offrir à la région le regard dont elle a besoin pour maintenir un « cessez-le-feu » que l’on constate bien précaire. Il est à noter que l’Arménie appelle de ses vœux la création d’un tel outil, ce qui tente à démontrer sa bonne foi dans le fait que ce n’est pas elle qui a lancé les premières hostilités sur la frontière en ce mois de juillet 2020, mais n’a fait que défendre son territoire.

Ensuite, le Conseil fédéral doit appeler au respect des frontières. La Suisse comme l’Arménie sont des petits pays, qui dans un rapport de force purement militaire, n’auraient guère de chance contre les grandes puissances. Nous avons donc tout intérêt à ce que les frontières soient respectées, à dénoncer leurs violations et empêcher l’escalade d’un conflit armé. Monsieur Ignazio Cassis doit en ce sens promouvoir la protection du Droit international, qui est la défense des faibles.

Finalement, Monsieur Cassis doit réagir à l’une des menaces les plus suicidaires jamais prononcées et condamner celle d’une attaque contre une centrale nucléaire arménienne. Un tel acte de barbarie serait une catastrophe, non seulement, pour l’Arménie, mais aussi pour toute la région, dont l’Azerbaïdjan et au-delà, l’humanité. Le droit international humanitaire interdit non seulement les attaques contre des lieux qui contiennent des forces dangereuses, et même les menaces contre celles-ci, en raison des conséquences dramatiques des effets de telles attaques pour la population civile, lesquelles pourraient constituer un crime de guerre, qui deviendrait immanquablement un crime contre l’humanité.

Arnaud Moreillon, Genève le 27 juillet 2020

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Les manifestants ont exprimé leur solidarité avec le Peuple arménien, qui s’est vu attaquer sur son propre territoire par l’armée azerbaijanaise: La riposte arménienne a été très dure et elle le sera advantage, si Bakou devrait avoir la mauvaise idée de repéter son aventurisme militaire, tel qu’il a été déclaré par le président honoraire de l’Association Suisse-Arménie, Sarkis Shahinian, représentant de la Commmunauté arménienne de Suisse. Sont aussi intervenus la Conseillère aux Etats du Parti écologiste Suisse et Co-Présidente du Groupe parlementaire d’amitié Suisse-Arménie aux Chambres fédérales, Madame Lisa Mazzone, ainsi que le Conseiller municipal de la Ville de Genève et chef de Group du Parti démocrate-chrétien, Monsieur Alain de Kalbermatten, et le Conseiller municipal de la Ville de Genève du Parti Socialiste, Monsieur Arnaud Moreillon.

A conclu les prises de parole la jeune représentante du Centre arménien de Neuchâtel, Madame Tatève Babayan, qui s’est exprimée en arménien.

Tous les intervenants ont condamné l’attaque azerbaidjanaise ainsi que les menaces de Bakou de bombarder la Centrale nucléaire de Medzamor, à quelques kilometers de Erévan, ce qui équivaudrait à un crime contre l’humanité. Aussi, ils ont salué l’emplacement d’observateurs neutres à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaidjian, tel que proposé par Erévan, pour éviter dans le futur la soi-disante neutralité des chancelleries internationals et de la Suisse d'éviter de caractériser le vrai aggresseur.

Aussi, ils ont salué l’emplacement d’observateurs neutres à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaidjian, tel que proposé par Erévan, pour éviter dans le future la soi-disante neutralité qui caractérise en ce moment les chancelleries internationales, y compris celle de la Suisse. Les Communautés curdes et suryoyé (assyro-chaldéens de langue araméenne) se sont aussi jointes aux manifestants, ayant tous suivi les consignes de santé publique imposés par les organisateurs telles qu’elles avaient été indiquées par le Conseil federal et le Gouvernement cantonal genevois.

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Discours de président honoraire de l’Association Suisse-Arménie, Sarkis Shahinian

Aujourd’hui nous sommes ici pour manifester notre solidarité en faveur de l’Arménie et du peuple arménien et aussi pour demander à haute voix au Conseil fédéral de condamner, sans hésitation et inéquivocablement la violation militaire de la frontière arménienne déclenchée par l’Azerbaidjian pendant trois attaques consécutifs la semaine du 12 juillet.

L’armée arménienne a su donner une réponse ferme à cette attaque, ce qu’à causé dans les rangs des forces adversaires la perte d’un nombre important de soldats, mais notamment d’officiers de hauts rangs, dont un general et un colonnel.

Clairement insatisfaite de son aventure militaire, insufflé et piloté encore une fois par la Turquie, le ministère de la defense azerbaidjanais a haussé le ton, menaçant une attaque missilistique contre la centrale nucléaire arménienne de Medzamor, à quelques kilometers de Erévan, ce qui équivaudrait à un crime contre l’humanité.

Et bien, aujourd’hui nous sommes ici pour demander au Conseil fédéral suisse d’arrêter de renvoyer dos-à dos Arméniens et Azéris pour la responsabilité de cette attaque.

C’est très clair qui l’a commence, qui a envoyé des drônes pour bombarder les villages et l’infrastructure arméniens bien au delà de la frontière, qui a lâchement utilisé sa propre population comme bouclier pour bombarder avec son artillerie les postes de frontière arméniens. De tout ça les preuves sont là.

L’Arménie n’a aucun intérêt à attaquer en première l’Azerbaidjian. Il faut indiquer, une fois pour toutes, qui recourt à la guerre, qui souffle sur la braise, qui ne veut pas de monitorage à la frontière.

Et indiquer clairement qui a déclenché cette attaque. Nous demandons cela au Conseil federal. Et nous lui demandons d’arrêter de se cacher derrière une neutralité qui devient meurtrière lorsque’on ne ragarde pas en face l’évidence. Il en va de sa crédibilité, avant tout devant le Peuple suisse lui-même.

L’Arménie et le Peuple arménien, du monde entier, sont idéalement ici, aujourd’hui à Genève, pour dire haut et clair que si le panturquisme et le panislamisme ont des velléités génocidaires à l’encontre des Arméniens, les Arméniens répondront cette fois de façon très ferme et dure, comme l’armée arménienne l’a fait la nuit du 12 juillet dernier.

Je veux aussi dire, que cette fois nous n’attendrons plus les condamnations extérieures, pour riposter de façon adequate à la volonté de destruction de notre Peuple, nous n’attendrons plus les mots de consolations de chancelleries éuropéennes ou des Nations Unies pour defendre notre droit plus important, qui est aussi celui de chaque Nation et Peuple, et que la Suisse en première, connaissent très bien: le droit à la vie, à une vie en paix dans nos territoires, dans les territoires qu’ont a habités pendant des millénaires, avant même que les noms de Turquie ou d’Azerbaidjian s’entendaient sur le plateau d’Anatolie.

Pas contents de la grave défaite subie par Bakou, la forces d’occupations d’Ankara au Nord de la Syrie essayent, en ce moment précis, de récruter des djihadistes pour aller se battre en lieu des azéris contre l’Arménie, en les payant avec les revenus du pétrole azerbaidjanais.

Et bien, sachiez que si quelqu’un devait avoir la mauvaise idée de se laisser tenter par une telle aventure, obtiendra la réponse qu’il méritera, tout comme l’ont obtenue les mercenaires qui ont attaqué le Karabagh pendant la guerre d’autodéfense, qui s’est conclue en 1994 avec l’indépendence de facto de la République d’Artzakh. Les Arméniens sont un peuple millénaire, fier de leur culture et qui ont bien compris les leçons de l’histoire. Nous connaissons notre force et nous n’hésiterons pas une minute à l’utiliser contre nos adversaire si notre existence sera menacée.

Que vive l’Arménie Getzé Hayasdan

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